Intervenir efficacement pour prévenir l’intimidation!

Mon enfant est victime d’intimidation
mon enfant est un intimidateur,
qu’est-ce que je peux faire comme parent?

 

La problématique de l’intimidation est inquiétante pour plusieurs parents. On se demande si notre enfant en sera un jour victime ou s’il l’est déjà. D’entrée de jeu, il est inutile de se cacher derrière la vérité, il y a dans les milieux de garde et les écoles, des situations d’intimidation. D’ailleurs, les différents milieux tentent par des moyens propres à leurs besoins de remédier à la situation. Maintenant, comme parent, est-il réaliste de penser qu’on peut intervenir efficacement auprès de nos enfants afin de contribuer à ce changement? Je vous propose de regarder ensemble différentes pistes de solutions suite à un éclaircissement du sujet.

 

 

Je m’appelle Zach et j’ai 7 ans. Depuis mon entrée à la maternelle, je suis très anxieux à l’idée d’aller à l’école tous les matins. Mes parents me questionnent, mais j’ai peur d’en parler, je ne sais pas trop ce qui se passe non plus. Mes professeurs disent que je manque de concentration et que je m’oppose à leurs consignes. Mais juste à l’idée de me retrouver derrière Christopher dans le rang, j’ai mal au ventre. J’aime mieux éviter celui-ci en refusant de suivre certaines consignes, que de subir l’un de ses commentaires ou ses coups. Parfois, même j’accumule des avertissements pour rester à l’intérieur lors des récréations, j’y suis plus en sécurité. Est-ce quelqu’un va un jour s’en rendre compte?

 

 

Si c’était votre enfant, sauriez-vous de quelle façon intervenir? À votre avis, est-ce que dans votre cercle familial, vous pouvez tenter d’éviter qu’il devienne un jour victime ou même l’intimidateur? Mais avant tout, savez-vous ce qu’est l’intimidation?

 

 

Selon la sécurité publique et la protection civile du Canada : « L’intimidation est un déséquilibre dans le rapport de force (réel ou perçu) qui se manifeste par des actes agressifs, d’ordre physique ou psychologique (verbal ou social). En d’autres termes, l’intimidation est une action menaçante que l’on fait dans le but d’inspirer la crainte et la peur. Les enfants qui intimident cherche à exercer un pouvoir qui leur permettent d’obtenir ce qu’ils veulent. La sécurité publique ajoute des précisions quant au comportement de l’intimidateur : ce comportement peut revêtir de nombreuses formes : l’intimidateur peut se servir de sa taille et de sa force physique, de la place qu’il occupe parmi ses pairs ou de sa connaissance des faiblesses de la victime ou obtenir l’appui d’autres enfants, comme c’est le cas lorsque tout un groupe se comporte ainsi. L’intimidation émotionnelle et sociale est peut-être la forme la plus fréquente et la plus néfaste. L’intimidation peut être physique ou verbale. Elle peut être directe (face à face) ou indirecte (commérage ou exclusion) (Olweus, 1991). À force de répéter le comportement intimidant, l’intimidateur établit sa domination sur sa victime, qui devient de plus en plus bouleversée et craintive ».

 

Dans des termes plus clairs selon l’ordre des psychologues du Québec, on dit qu’un élève est intimidé lorsqu’un ou plusieurs élèves :
« Lui dit des choses méchantes et blessantes ou se moquent de lui et le traitent de noms méchants ou blessants; l’ignorent complètement ou le rejettent volontairement de leur groupe d’amis ou d’activités; le frappent, le poussent, le bousculent ou l’enferment dans un local; racontent ou écrivent des mensonges, répandent de fausses rumeurs à son sujet en cherchant à amener d’autres élèves à le rejeter; font d’autres choses blessantes du même genre. De plus, lorsqu’on parle d’intimidation, ces choses se répètent souvent et il est difficile pour l’élève qui se fait intimider de se défendre ».

 

Quand on parle d’intimidation, ces choses se répètent souvent et il est difficile pour l’enfant qui se fait intimider de se défendre. On dit aussi qu’il y a intimidation quand un enfant est souvent taquiné ou blessé méchamment. Mais on ne parle pas d’intimidation quand l’enfant se fait taquiner amicalement en plaisantant. Ce n’est pas non plus de l’intimidation lorsque deux enfants de force semblable se tiraillent ou argumentent ensemble, sur le même pied d’égalité ». Quand on parle d’intimidation, il y a un déséquilibre de pouvoir d’observé.

 

Papa et maman, je vous invite à observer le comportement de votre enfant dès son plus jeune âge. Déjà, en petite enfance, certains peuvent adopter des comportements plus dominants, parfois malsains, tandis que pour d’autres, on peut observer un manque de confiance ce qui a des répercussions sur sa capacité à s’affirmer. À court terme, cela nous rend vulnérable. Je vous entends déjà dire, mais en petite enfance, le concept de l’empathie, donc la capacité de reconnaître les sentiments d’une autre personne et de se mettre à sa place de, n’est pas encore acquis! Effectivement, les enfants poursuivent leur apprentissage à ce niveau encore quelques années, mais est-ce que cela signifie que les interventions en ce sens soient mises de côté ou ignorées? Il est évident que non. La capacité à être empathique se développe par observation et imitation, là où le rôle des parents prend tout son sens. Pour vous aider à mieux comprendre, imaginez la situation suivante : suite à plusieurs semaines de commentaires désobligeants de la part de l’un de vos collègues, vous prenez votre courage à deux mains et allez en parler à votre supérieur. Il vous répond : Ignores-le! Éloigne-toi!

Est-ce que par la suite, vous vous sentiriez sécurisé? Et bien, ce sont là des réponses que trop souvent nos enfants entendent et qui ne les sécurisent pas du tout. Est-ce là un modèle d’empathie? Est-ce une intervention efficace pour améliorer la situation. Bien au contraire. D’ailleurs, les études démontrent que cela les freine à dénoncer et faire confiance aux adultes de nouveau. Inquiétant, vous ne trouvez pas? Comme nous souhaitons que nos enfants nous parlent et se confient sur ce qu’ils vivent, voyons comment les aider.

 

 

Alors, quand et par quoi commencer comme parent?

Les spécialistes ne s’entendent pas tous sur l’âge à laquelle nous devrions intervenir avec plus de vigueur et de fermeté. Mais, les études démontrent que les parents qui travaillent de concert avec le milieu permettront des changements significatifs. Ce que nous devons en comprendre comme parent, c’est qu’il est primordial d’écouter, de prendre du recul, et d’accepter que parfois, nous serons d’un côté de la clôture et parfois de l’autre. Chercher les coupables, blâmer, et s’exprimer de façon inadéquate devant notre enfant ne pourra pas aider à alléger la situation. Ceci étant dit, je vous l’accorde, entendre des faits relatés sur nos enfants, ça touche une corde sensible. Ce n’est définitivement pas agréable d’apprendre que notre enfant ait eu un comportement inacceptable. Parfois, cela nous prend par surprise. Prenez le temps de digérer les faits avec votre conjoint(e) et demandez le plus de détails possibles au milieu en restant objectif. Ensuite, passez à l’action avec les interventions nommés plus bas. Sachez que nous avons plus de contrôle que nous le pensons sur cette problématique et pouvons y remédier peu importe de quel côté l’enfant se trouve.

 

Qu’est-ce que je peux faire comme parents dès la petite enfance pour aider mes enfants:

• Parlez du sujet ouvertement dès qu’ils sont petits avec des mots propres à leur âge. Il ne faut pas que le sujet soit tabou. Dites-lui qu’il est important d’en parler s’il y a quelque chose qui les tracassent.
• Que votre enfant soit victime ou intimidateur, il faut choisir un moment propice à la discussion. Ensuite, soyez à l’écoute en posant quelques questions afin de mieux comprendre. L’intimidateur agit de cette façon pour une raison et il faut la découvrir pour intervenir efficacement. Ensuite, il faut s’assurer que celui-ci comprenne bien par notre discours direct que le ou les gestes sont inacceptables.
• Dans notre cercle familial, c’est là que le début de l’apprentissage des saines relations interpersonnelles commencent.

 

 

Donc, intervenons dès qu’un comportement est inacceptable à l’intérieur de la fratrie :

Un frère dit à son autre frère que son dessin est laid.
Une sœur prend délibérément le jouet de sa sœur pour la déranger.
Un frère rejette sa sœur de son jeu en ne lui disant pas de la bonne façon.
Un frère pousse sa sœur alors qu’elle s’apprête à gagner la course.

Ces gestes font partis des comportements inacceptables qui doivent être nommés avec fermeté afin que le plus tôt possible, l’enfant comprenne le sens de ses gestes et l’impact sur autrui. Ce n’est pas plus acceptable parce que c’est notre frère ou notre sœur!

 

 

• Viser l’acquisition de bonnes habiletés sociales en donnant le modèle souhaité, à commencer par le notre comme parents. Parfois, devant les enfants, nous avons des discussions entre adultes qui donnent le mauvais exemple à ceux-ci.
• Montrer à l’enfant ce que l’on attend d’eux et ne pas prendre pour acquis qu’ils sont au courant du comment et du pourquoi. Trop souvent, j’entends dans ma pratique : sois gentil, calmes-toi, dis-le avec des mots, fais un message en Je, alors que l’enfant ne sait pas toujours ce que l’adulte attend de lui. On doit nommer clairement dans des mots justes, ce que l’on souhaite : ce n’est pas acceptable de frapper un ami, il faut être doux (poser le geste). Tu ne veux plus jouer avec l’ami parce qu’il détruit ta construction? Alors dit-lui : je veux jouer tout seul parce que je n’aime pas ça que tu détruises ma construction et je t’ai demandé d’arrêter.
• Exiger des enfants qu’ils réparent leur geste, prendre le temps de trouver une réparation en lien avec le geste et ce, tout de suite après que l’évènement soit survenu.
• Apprendre à l’enfant à s’affirmer par sa posture et le ton de sa voix. Même en cas de faiblesse, il faut garder la tête haute et parler d’un ton ferme et sûr de soi pour déstabiliser l’autre.

 

 

Dès que vous observé des signes qui vous inquiètent chez votre enfant (manque d’appétit, humeur changeante, refuse d’aller à la garderie ou l’école, émotif, parle peu, agressivité, difficulté avec le sommeil, difficulté à parler de sa journée), n’hésitez pas à demander un support pour vous et votre enfant le plus rapidement possible.

 

 

Soyons les premiers modèles pour nos enfants!

Christel Leblanc, éducatrice spécialisée